Grande nouveauté du cette édition 2018 du Festival du Film Francophone d’Angoulême : la création d’un cinéma éphémère dans l’ancien cinéma de l’Éperon !

La Ville et le FFA ont mobilisé toutes leurs énergies pour que ce lieu, si cher à beaucoup d’Angoumoisins puisse revivre… et compléter l’offre de projections sur ces 5 jours. Pour célébrer cet événement, nous vous proposons de mieux connaître cette salle et de revivre la mémorable journée de son inauguration, le 30 janvier 1962.

L’Éperon, un des fleurons des cinémas Deschamps

Ce cinéma emblématique de l’Angoulême des Trentes Glorieuses fut élevé en 1961 sur les plans des architectes de Montaud, Gorska et Poncelet. Les deux premiers étaient déjà célèbres en France puisqu’ils avaient à leur actif la réalisation de 125 salles !

Pour l’Éperon, le confort de la salle et celui des sièges étaient associés à la pureté des lignes. La grande salle était dotée de 600 fauteuils type Pulmann en cuir noir. L’écran s’étendait sur 16 m de long et 8 m de haut. Il était, après une salle de Marseille, le deuxième en France à utiliser une projection en Todd-Ao-70 mm.

Un concours avait été offert aux Charentais pour donner un nom à ce cinéma. Cinq personnes sans se concerter proposèrent l’Éperon en référence au lieu et à l’histoire. En effet, le duc d’Éperon, gouverneur de l’Angoumois, avait fait élever au XVIIe siècle, à ce point stratégique pour la défense de la cité, des fortifications qui coûtèrent des sommes immenses. Ces considérables dépenses tirées des recettes royales firent dire au roi Henri IV « Qu’il ne se chausserait jamais des éperons d’Angoulême ».

Une soirée inaugurale prestigieuse

Pour célébrer cette nouvelle salle, il fallait une soirée exceptionnelle « l’une des plus brillantes organisées jusqu’ici à Angoulême » titra la Charente Libre.

Michel Deschamps, le grand maître des cinémas d’Angoulême, avait prévenu que la soirée allait rassembler de nombreux comédiens et 500 invités. Le 30 janvier 1962 au soir, la foule se pressait à l’extérieur malgré le froid. Six gendarmes motocyclistes formaient une haie d’honneur avec deux valets à la française. Toutes les notabilités locales étaient présentes : Maire, Préfet, Évêque, sans oublier le Commandant du dépôt américain de la Braconne le Colonel Raftery. Le public attendait avec impatience les 12 vedettes invitées. Parmi elles, Françoise Dorléac, Dany Saval, Robert Hossein…

Le film Spartacus allait ensuite être présenté. Cette soirée brillante était également honorée par la présence des mannequins de la maison de couture Carven. À l’issue de la projection, une soirée privée organisée par Monsieur et Madame Deschamps dans leur propriété du Châtelard à Dirac rassembla tous les invités de prestige. Belle occasion pour Henri Thébault, maire d’Angoulême de remettre la médaille de citoyen d’honneur de la ville au principal architecte du cinéma qui avait déjà oeuvré dans la réalisation des autres salles angoumoisines.

Quelques jours plus tard, le 5 février, la télévision française diffusa le gala de l’inauguration de l’Éperon. Il entrait ainsi dans la légende des grandes salles de cinéma et allait accueillir durant 34 années bon nombre d’évènements cinématographiques jusqu’à sa fermeture en 1996.

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